Le blog de Jean-Pierre Martin se fait allumer, un peu dans ses propres colonnes, et beaucoup chez Olympe pour son dernier billet "Des femmes d'honneur".

Je passe sur les commentaires qui assassinent l'ensemble du blog et décernent à Jean-Pierre Martin et Monsieur Bernard un brevet de beaufitude machiste sans appel. Surtout quand aucune lecture n'a précédé ce jugement : "J’ai toujours évité soigneusement ce blog, parangon de la "beaufitude" dont certain(e)s petit(e)s camarades de la blogosphère de gauche disaient le plus grand mal". Ma blogosphère de gauche à moi ne dit pas ça, est-ce une preuve du contraire ?

Je passe également sur les commentaires qui se joignent à la critique "unanime" en avouant n'avoir pas lu le billet mais en le jugeant quand même. Moi-même, ne m'arrive-t-il pas de dire du mal de Val ou BJHL sans les avoir lus ?

La question est plutôt : qu'en est-il de mon féminisme puisque je ne suis pas indignée ? Et tout ça nous dit quoi de la prostitution et du féminisme ?

Je ne me sens pas indignée. Après un petit "glup" à la première lecture, finalement ça passe. Alors je m'interroge. Ce billet est-il d'un horrible machisme que je ne vois pas ? L'amitié m'aveugle-t-elle ?

L'objet du délit

Le texte commence par cette phrase : "Premier signe d'embellie sur le front du pouvoir d'achat : certaines putes travaillent dorénavant pour rien. C'est le cas de Marie-Eve Malouines et Françoise Fressoz, qui ont refusé de recevoir la légion d'honneur pour services rendus à la majorité. " Suivi d'une photo de deux prostituées de dos, en minijupes et bas résilles, discutant le coup avec un client en voiture. Et légendée : "Conférence de rédaction à France-Info".

Je pourrais évacuer le débat au nom du droit au "pastiche politique". Le blog incriminé nous a habitué-es à aussi pire. Bernard Laporte qualifié de handicapé moteur lourd (pourquoi moteur ?). Dieudonné appelé le pseudo-humain Mbala Mbala. Zemmour assimilé à Mengele (ça nous fait un ennemi commun ;-).

Évidemment, tout cela fait beaucoup de beaufitude ;-D Mais celle qui nous intéresse présentement est machiste.

Des femmes sont insultées par cette comparaison.

"Des femmes" : La dernière photo du billet montre July et Sarkozy sur un trottoir, légendée : "Racolage passif sur le boulevard". Donc au moins un homme aussi. La comparaison aurait-elle été la même si c'était deux hommes qui avaient refusé la légion d'honneur ? Je ne connais pas assez Monsieur Bernard pour être sûre qu'il n'en soit pas capable...

"Par cette comparaison" : La comparaison (et le texte du billet) dit que les journalistes de la presse vendent leurs esprits au pouvoir politique. Comme les putes, ils/elles vendent donc quelque chose de plus que la force de travail qu'on attend habituellement des travailleurs et travailleuses. La comparaison n'est pas infondée ;-)

"Sont insultées" : Est-il insultant d'être comparé-e à une pute ? Ou traitée de pute ?
Ça dépend de l'intention de l'insultant. Dans le cas présent, il y a bien insulte si être traité de vendu-e au pouvoir est une insulte ;-)

Pute est une insulte sexiste

La plupart du temps, pute est utilisée comme insulte avec une réelle connotation sexuelle. Dans ce cas "normal", il y a insulte parce qu'elle a à voir avec des femmes méprisables dans l'esprit de l'insultant, les prostituées, et avec le sexe, registre habituel des insultes sexistes.
De même avec l'insulte "pédé".
L'idée que les prostituées sont méprisables n'est pas une idée extrêmement féministe.

Il me semble que l'indignation soulevée a tout à voir avec le mépris dans lequel sont tenues les prostituées. Et pas grand chose avec les intentions de Monsieur Bernard.

La prostitution est un point de débat, voire d'engueulade, au sein d'un mouvement féministe hétérogène sur ce point comme sur d'autres. Je dirais bien que le féminisme, c'est comme la gauche, du PS au NPA, sans oublier, ailleurs, les anarchistes.

Nette progression de la tendance libérale, au sens économique du terme :"la prostitution est un métier comme les autres et si tu penses pas ça, t'aimes pas le sexe". D'ailleurs, les pro-prostitution se baptisent "pro-sexe".
Et du coup des difficultés pour les abolitionnistes à se faire comprendre sans être assimilées aux mères la pudeur et autres coincées du cul.

Je pense que ce n'est pas un métier mais une violence, que c'est un des effets de l'exploitation patriarcale, que ça n'a rien à voir avec le sexe et tout avec la domination (pas le SM pour jouer ;-). En dehors du sort individuel des prostituées, c'est aussi une forme de rapports humains qui me paraît peu souhaitable dans une société d'égalité.