jeudi 15 mai 2008
L'insurrection qui ne vient pas
Par Christine, jeudi 15 mai 2008 à 18:44 :: Police partout, justice nulle part
Je suis allée à la manifestation de défense de la fonction publique.Essentiellement pour soutenir les lycéens et lycéennes qui manifestaient une fois de plus.
Avant la manif, je me demandais quel slogan je pourrais brandir.
Dans la ligne syndicale : "Non aux suppressions de postes" ? "Pour un service public de qualité" ?
Dans la ligne de mes convictions politiques :"Autogestion des services publics" ? "Réappropriation des services publics" ? "Gratuité des services publics" ?
Pour jouer : "Grève générale, illimitée, expropriatrice et joyeuse" ?
J'aurais pu aussi distribuer des tracts qui disent "Passons à l'offensive". J'ai laissé tomber. Je suis juste allée faire nombre.
Ces grèves d'une journée, avec manifestations animées par les syndicats, obéissant à des rituels plus qu'amortis sont tellement inutiles et inadaptées à la situation d'aujourd'hui.
D'ailleurs, elles n'ont jamais été adaptées. Les victoires résultent toujours de conflits longs, de confrontations qui mettent en difficultés pouvoir et capitalistes.
Mais aujourd'hui où la guerre de classes est plus active que jamais, ces journées inutiles sont infiniment plus décourageantes que stimulantes.
Annonce d'une réforme, cris, grève d'une journée, acceptation par les confédérations syndicales pour "sauver" quelque chose (qui sera repris dans quelques mois) et... on recommence. Les riches s'enrichissent, les pauvres s'appauvrissent.
Replacés dans un contexte international, ces soubresauts n'ont aucune importance. Les pauvres s'appauvrissent : pas grave, de grands marchés attendent les entreprises françaises en Asie. Et ça fait de la main d'oeuvre taillable et corvéable à merci, pour pas cher. Suffit juste d'avoir assez de flics pour maintenir l'ordre. Et ce ne sont pas les vocations qui manquent.
Alors je vous reparle du petit livre "L'insurrection qui vient". (Auteur : le "comité invisible", éditions La Fabrique). Le livre dont certains articles sur le retour des anarcho-terroristes citent la possession comme un indice d'anarcho-terrorisme.
Il y est décrit comment s'organiser en "communes" pour sortir du système et lutter contre. Je suis trop bien "intégrée" je crois pour adhérer totalement, encore que, si je rencontrais un collectif motivant, la question pourrait réellement se poser. On y trouve aussi les étapes possibles d'une insurrection.
Mais ce qui m'intéresse le plus, parce qu'il interroge et bouscule mes certitudes militantes, c'est le petit chapitre "En route". Que voici donc.
Une insurrection, nous ne voyons même plus par où ça commence. Soixante ans de pacification, de suspension des bouleversements historiques, soixante ans d'anesthésie démocratique et de gestion des évènements ont affaibli en nous une certaine perception abrupte du réel, le sens partisan de la guerre en cours. C'est cette perception qu'il faut recouvrer, pour commencer.
Il n'y a pas à s'indigner du fait que s'applique depuis cinq ans une loi aussi notoirement anticonstitutionnelle que la loi sur la Sécurité quotidienne. Il est vain de protester légalement contre l'implosion achevée du cadre légal. Il faut s'organiser en conséquence.
Il n'y a pas à s'engager dans tel ou tel collectif citoyen, dans telle ou telle impasse d'extrême gauche, dans la dernière imposture associative. Toutes les organisations qui prétendent contester l'ordre présent ont elles-mêmes, en plus fantoche, la forme, les moeurs et le langage d'Etats miniatures. Toutes les velléités de "faire de la politique autrement" n'ont jamais contribué, à ce jour, qu'à l'extension indéfinie des pseudopodes étatiques.
Il n'y a plus à réagir aux nouvelles du jour, mais à comprendre chaque information comme une opération dans un champ hostile de stratégies à déchiffrer, opération visant justement à susciter chez tel ou tel, tel ou tel type de réaction ; et à tenir cette opération pour la véritable information contenue dans l'information apparente.
Il n'y a plus à attendre - une éclaircie, la révolution, l'apocalypse nucléaire ou un mouvement social. Attendre encore est une folie. La catastrophe n'est pas ce qui vient, mais ce qui est là. Nous nous situons d'ores et déjà dans le mouvement d'effondrement d'une civilisation. C'est là qu'il faut prendre parti.
Ne plus attendre, c'est d'une manière ou d'une autre entrer dans la logique insurrectionnelle. C'est entendre à nouveau, dans la voix de nos gouvernants, le léger tremblement de terreur qui ne les quitte jamais. Car gouverner n'a jamais été autre chose que repousser par mille subterfuges le moment où la foule vous pendra, et tout acte de gouvernement rien qu'une façon de ne pas perdre le contrôle de la population.
Nous partons d'un point d'extrême isolement, d'extrême impuissance. Tout est à bâtir d'un processus insurrectionnel. Rien ne paraît moins probable qu'une insurrection, mais rien n'est plus nécessaire.
Sinon, j'ai lu "La désobéissance civile " de Thoreau, et après j'ai envoyé le chèque de mon deuxième tiers des impôts sur le revenu. Contradictions ?
Parfois, ce que je vois ou entends me paraît irréel. J'attends de me réveiller, et je ne me réveille pas.
Une campagne d'affichage est venue ce matin percuter les réflexions que m'inspirait la lecture de
L’essence est trop chère, y’a plus de boulot et de toute façon on veut plus bosser, les patrons sont pas gentils, les zotres sont des veaux, y’a rien qui va. Oui mais le fond de l’air est tiède, le pont est long, y’a les ami-es et la sieste, et tellement d’informations réjouissantes !
Pendant que l'on explose avec application le dogme du travail dans l'excellent fil de discussion de
Les occasions sont rares, je vous en fais profiter.
Faites circuler : une Aube Nouvelle Pour l'Esclavage se lève !
Je communique beaucoup par courriel, à titre purement privé, à titre militant, et évidemment à titre professionnel (encore qu’en ce moment, ce ne soit que moyennement le cas dans le milieu où j’œuvre, on échange plutôt des disquettes ;-)).
Il s'agit d'une machine. Une grosse machine. Le trou qu'il a fallu creuser pour ses fondations faisait plus de cinq cent mètres de long, presque cent de large. Maintenant, c'est un bâtiment de quatre niveaux, dont deux enterrés. Le ventre de la machine racle le calcaire presque dix mètres sous le niveau du fleuve, comme une grosse barge en béton échouée sur les berges, qui se serait enfoncée dans la terre sous son propre poids. Le génie de l'ingénieur, vu de l'intérieur après une nuit d'orage, c'est fou ce que c'est gris moche(*). Et humide.
Des « émeutes de la faim » ont secoué ces derniers jours l’Egypte, le Maroc, l’Indonésie, les Philippines, Haïti — où elles ont fait au moins cinq morts et abouti à la chute du gouvernement —, ainsi que plusieurs pays africains : Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mozambique, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso... Si l’Afrique est particulièrement vulnérable, c’est parce qu’elle subit la « destruction systématique de ses agricultures vivrières », dénonçait Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme des Nations unies pour le droit à l’alimentation, dans un article publié en mars : « Réfugiés de la faim ».